Le Pont des Soupirs
Ce qu'en dit la presse
Victoire pour Offenbach le 31 décembre 2009 à Waterloo où "Camera Lirica" a invité les spectateurs de la salle Jules Bastin, remplie, à franchir Le Pont des Soupirs.
Depuis 1995, sous la houlette de Madame Blanche Gérard, cet atelier lyrique constitué de chanteurs et instrumentistes issus des Conservatoires ou des Académies, met un point d’honneur à valoriser le répertoire de l’opéra-bouffe ou de l’opéra-comique français.
Ajoutons que notre regretté Robert Pourvoyeur, en Maître "Offenbachien", avait su fertiliser en ce sens le riche terreau musical constitué par cette troupe fort habile qui ne demandait qu’à faciliter l’éclosion des plus beaux fleurons – sinon des plus rares – du vaste catalogues composé par "Le Petit Mozart des Champs-Elysées".
Ainsi, ce "Pont…" du 31 décembre – façon de dire – a enjambé avec beaucoup de brio le torrent de difficultés réunies dans une partition particulièrement difficile.
Offenbach a composé deux versions du "Pont des Soupirs", élargissant à 4 actes, en 1868, pour le Théâtre des Variétés, sa première partition en 2 actes et 4 tableaux, créée sept ans plus tôt, au Théâtre des Bouffes Parisiens.
C’est précisément sur cette version initiale de 1861 que c’est porté le choix de "Camera Lirica".
Et ce n’est pas la recherche de la facilité qui a favorisé cette option !
Les applaudissements et rappels à la fin de la représentation témoignent de la qualité du spectacle où cet opéra bouffon d’Offenbach a été présenté dans son intégralité quasi-totale avec un respect authentique de la musique et du livret – soulignons ces points importants, désormais trop souvent bafoués.
Bref, on ne voit absolument pas passer les 2 heures 40 de spectacles (entracte non compris) tant le talent de la troupe interprète de front ces airs aussi excellents que redoutables, et cette intrigue fort drôle imaginée par les librettistes Hector Crémieux et Ludovic Halévy.
Un grand bravo à Madame Gérard qui a réalisé une mise en scène de bon goût, pleine de subtilités, en dirigeant comme il faut sa troupe où chaque protagoniste est à complimenter.
Jean-François Dickstein fait un irrésistible Cornarino Cornarini, accompagné de son non moins irrésistible écuyer Baptiste : Richard Masset.
Tatiana Donets incarne à merveille l’épouse du Doge, Catarina.
Le rôle de son jeune ténor Stanny Leroy.
Saluons encore le Cascadetto de Marc Chapel qui a su, notamment, faire vivre avec esprit la fameuse complainte sur l’Amiral Cornarino du 1er acte.
Un bon point pour Jean-Claude Berton : Malatromba, le "cousin traître et parjure" du doge dont il convoite la place à tout prix…
Ils seront départagés à la fin par une régate précédée d’un extraordinaire concours de chant en forme de quatuor qui, par des vocalises inouïes, exploite à l’extrême les tessitures de Fiametta (Laurence Van Bellingen) et de Fiorina (Lucienne Hollebeke) d’une part, et celles de Catarina et d’Amoroso de l’autre.
L’effet vocal extraordinaire pensé par le compositeur a été rendu de manière parfaite.
les cœurs ont été menés avec dextérité et l’orchestre, composé d’une petite quinzaine de musiciens, dirigé fort adroitement par Norbert Brochlagen.
Juste avant l’irrésistible finale du Carnaval de Venise et afin que les chœurs se placent en scène, Valérie Duschamps a imaginé une agréable chorégraphie.
Celle-ci évité, in extremis, un french cancan qui, pour le moins, eût été du plus mauvais goût.
N’en déplaise à beaucoup de monde, rappelons que cette gesticulation hurlante et bigarrée a vu le jour dans les cabarets parisiens autour des années 1900… soit vingt années après la mort d’Offenbach.
Perpétuer l’erreur des méfaits d’une fausse tradition ne la fait pas devenir vérité.
Aussi cette gymnastique rythmée sur fond de musique systématiquement réécrite n’a-t-elle rien à voir avec les œuvres du compositeur, y compris d’ailleurs "La Vie Parisienne" qui sera sans doute à l’affiche de "Camera Lirica" en décembre 2010.
Ce spectacle a été donné à Waterloo (salle Jules Bastin) le 31 décembre 2009 et à Braine l’Alleud (Centre Culturel) le 10 janvier 2009. Il sera à Bruxelle (Centre Culturel le 21 février 2010).


